Médéric Collignon fait le Sunset…

…pour un troisième concert de sortie de son nouvel album “Arsis Thesis” après le double vernissage du 5 décembre au Triton qui produit le disque et du 30 janvier au Théâtre du Garde Chasse des Lilas.
Le 5 décembre, j’étais parti en Bretagne. Le 30 janvier, rebelote : les trains pour Paris ayant été supprimés pour cause d’intempéries, j’étais toujours en Bretagne. Aussi ai-je pris pour moi la séance de rattrapage offerte ce 7 février au public de la rue des Lombards, dans la cave du Sunset. Variations de personnel autour du noyau dur du Jus de Bocse (Yvan Robilliard, claviers ; Emmanuel Harang, basse életrique ; Nicolas Fox hier remplacé par Franck Vaillant, batterie) plus les altistes Liam Szymonik et Sol Lena-Schroll remplaçant Pierrick Pedron et Géraldine Laurent auprès de Christophe Monniot (sopranino). Encore ai-je bien failli me faire moi-même remplacer dans le public, frappé par une crève intempestive qui me contraignit au port du masque.
“Arsis Thesis” est un projet fou, 26 jours de mixage, nous souffle Médéric Collignon dans une des interviews qu’il livre sur le net, des couches et des couches de son produit par quelques cuivres, flûtes et voix chantées ou récitantes, plus des samples parmi lesquels on croise les nappes harmoniques du fameux adagietto de Gustav Mahler, un solo de John Coltrane à l’envers, le son de l’espace inter-sidéral et une abeille, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, du granitique au voile de tulle, du trivial au sacré, du sourire au fou-rire, du tendre au colérique, toute la complexité du Collignon passée à la moulinette de son imagination supersonique à l’aide des machines dont il sait s’entourer, le tout dans un confondant esprit de continuité.
Le son obtenu au Sunset ne peut évidemment rivaliser ni avec celui du disque, ni avec celui qu’il dut obtenir au théâtre du Garde Chasse, mais on est rue des Lombards, dans cet esprit de proximité de la célèbre cave, face à Médéric Collignon passant et retirant une foultitude de masques virtuels, multipliant sarcasmes, énervements et attendrissements dans un affolant zapping qui relève un peu du cabaret, du théâtre de Guignol (pour les petits) et du grand-guignol. S’il faut probablement y voir des traces de King Crimson, si j’y surprend des stratégies à la Joe Zawinul, ce kaléidoscope stylistique me fait songer plus encore à Frank Zappa et ses Mothers, le sopranino de Christophe Monniot en bord de scène côté cour, sans chercher à tirer la couverture à lui, lui opposant une sorte de rôle de clown blanc.
La rythmique joue à fond le jeu de son leader, arrangements et imprévus, les deux autres saxophonistes glissant ici et là des solos cinglants qui laissent à penser que l’on en reparlera bientôt (d’ailleurs, si j’en crois certains mieux informés que moi, les noms de Liam Szymonik et Sol Lena-Schroll circulent déjà).
La menace d’éternuements intempestifs m’incite à déserter les lieux pour ne pas perturber le rappel et ce soir je “garde la chambre” entre fumigations, rinçage nasal au gros sel et breuvages flambés tandis que commence à 19h la soirée d’hommage au cher Sylvain Luc que les injustices de l’existence nous ont ravi l’an passé. Un plateau à géométrie variable d’une trentaine d’artistes sur la scène du Théâtre du Châtelet, de Stéphane Belmondo à Daniel Humair et de Philip Catherine à Lokua Kanza. La rue des Lombards ne sera pas en reste, avec deux hommages rendus au Sunset par Étienne Mbappé & The Prophets à 20h30, et au Sunside par Médéric Collignon et ses invités à 21h30 ; et deux autres au Baiser salé autour d’Hadrien Féraud à 21h30 et autour de Tiss Rodriguez à 23h59. Franck Bergerot