Le Jazz Live - Jazz Magazine https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/ Wed, 26 Feb 2025 12:37:27 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.7.2 https://www.jazzmagazine.com/wp-media/uploads/2023/04/cropped-favicon-32x32-1-32x32.png Le Jazz Live - Jazz Magazine https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/ 32 32 Théâtre Michel Portal: Salut Bayoune pour Sylvain https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/theatre-michel-portal-salut-bayoune-pour-sylvain/ Wed, 26 Feb 2025 12:06:30 +0000 https://www.jazzmagazine.com/?post_type=jazzlive&p=86505 Plus d’une minute d’applaudissements non stop sur la scène du Théâtre Michel Portal en forme de coda à un concert célébration du musicien Sylvain Luc dans sa ville natale, sa ville de coeur. Pareille explosion reprenait la partition, applaudissements en forme de catharsis sonore d’une minute de silence, que jouent les rugbymen en cérémonial sur […]

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Plus d’une minute d’applaudissements non stop sur la scène du Théâtre Michel Portal en forme de coda à un concert célébration du musicien Sylvain Luc dans sa ville natale, sa ville de coeur. Pareille explosion reprenait la partition, applaudissements en forme de catharsis sonore d’une minute de silence, que jouent les rugbymen en cérémonial sur le pré, le terrain, leur scène à eux avant le match lorsqu’ils s’agit de célébrer la mémoire d’un coéquipier absent pour cause de disparition – au passage faut-il encore noter que les deux premiers concerts d’une série hommage à Sylvain Luc, celui du Châtelet comme celui de Bayonne se sont tenus en simultané horaire avec un match du XV tricolore dans le Tournoi des Six Nations. Au final d’un déroulé musical polymorphe, ce feu d’artifice de « palmas », battements de mains mutés de battements de coeur côté public témoignait d’une émotion intense. sous la photo géante du guitariste jouant, manche tournée vers le bas comme dans une tentative de tendre ses cordes, les faire résonner vers sa terre générique. Une improvisation de plus. 

Francis Darizcuren (g), Laurent Chavoit (b), Gérard Luc, Didier Ithursarry (acco)

Car, est-il besoin de le préciser, de la musique y eut en cette « tarde » fleuve entre Nive et Adour. Du fandango, de la tradition, de la mélodie, de la chanson, du jazz, des standards, de l’improvisation, du classique, des ryhmes en forme  d’appel à la danse basque et pas que sur des temps pairs ou impairs, de la guitare bien sur et même de la mandoline, clin d’oeil direct aux doigtés improbables du plus jeune de la tribu musicienne des « Luc Brothers »  Avec, d’abord  figures amicales en défilés des anciens, partis faire le métier à Paris tels le bassiste et violoniste Francis Darizcuren ou le pianiste Gérard Daguerre musiciens ayant exercé le métier sur les planches ou en studio derrière Barbara, Aznavour et consort ou dans des clubs de jazz des seventies. Un enseignant du Conservatoire de Bayonne aussi, dont Sylvain Luc sortit lauréat, Joel Merah, compositeur et protagoniste de mandolines de tailles diverses. Le prof de guitare ensuite des apprentis Sylvain Luc et Jean-Marie Ecay -présent lui sur scène pour revisiter en acoustique deux thèmes de son pote Sylvain- Michel Ducau, instrumentiste, arrangeur, compositeur référence en terres basques des deux côtés des Pyrénées.

Michel Ducau (alboka), Sébastien Luc (g)
Marc Tambourindeguy

Marc Tambourindéguy, pianiste et par ailleurs directeur artistique de l’Anglet Jazz Festival avec un complice de toujours de Sylvain, Pierre Olivier « POP’S » Pouzet au vibraphone, Pascal Segala, batterie, Laurent Chavoit à la basse, pour un « On Green Dolphin Street » ou « Estate » sanctifiants le standard. Didier Ithursarry, accordéon en brio prolixe de musiques plurielles.

Bernard Lubat

Et Bernard Lubat encore, qui fit du Lubat, de l’Uzeste musical sur les planches, du rythme engendré à coup de sa béquille (fracture de la malléole malencontreuse suite à une glissade sur le bitume trempé d’une rue de son village festival) jusqu’à une impro voyageant libre du bebop à un free libératoire au piano. Sans parler de la sonate pour guitare « Valentine » délicatement interprétée par Marylise Florid Luc, écrite spécialement par Sylvain pour sa « Muse »

Marylise Florid (g), Jean marie Ecay (g), Pascal Segala, Romain Luc (dm)

Sans oublier bien sur la contribution majeure de la « Luc family », les neveux Romain le batteur, Sébastien le guitariste et Gérard,  l’ainé accordéoniste, ami privilégié de Marcel Azzola. On le connaissait dépositaire, exécuteur testamentaire d’airs de la chanson traditionnelle basque (La berceuse) On le découvre en re-visite de chansons de Michel Legrand, héritage d’un travail de son frère cadet effectué à la demande du compositeur culte de BO du cinéma Et du monde de la Chanson. 

Gérard Luc, Didier Ithursarry (acco), Joel Merah (mandoline)

Bref, une énumération un peu fastidieuse certes, on le concède, d’un moment musical qui ne le fut pas. Bien au contraire. Le concert de « palmas » -référence indirecte à un des fondements  du flamenco, rare genre qui soit dit en passant n’a jamais inspiré Syvain Luc question guitare) en point d’orgue en atteste si besoin était. 

Avec, bonus en final un chant de toujours, hymne à la cité fortifiées par Vauban, « Salut Bayoune » aux paroles gasconnes, lancée par les musiciens protagonistes du jour, puis repris en choeur par le public – les plus anciens sans doute…- sous les notes de l’accordéon de Gérard, frangin ainé rescapé. Au passage, j’en ai été témoin, dans la salle d’honneur de l’Hotel de Ville contigu à la Scène Nationale, Michel Portal il y a quelques années, le jour de l’inauguration de cette salle de Théâtre qui porte désormais son nom, avait lui même entonné ce chant sous la poussée d’un vieux complice pianiste d’un « jazz band » de leurs jeunesses musicales communes sur la Côte Basque. Une pensée pour Michel Portal…

Robert Latxague

(Photos Robert Latxague & Jacques Canet)

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Journée portes ouvertes de l’Académie de composition https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/journee-portes-ouvertes-de-lacademie-de-composition/ Sun, 23 Feb 2025 08:46:55 +0000 https://www.jazzmagazine.com/?post_type=jazzlive&p=86234 Au Pavillon de la Sirène, l’académie, ses stagiaires et ses intervenants s’effaçaient hier au profit d’ateliers et concerts à l’initiative du collectif Real Time Music. Milieu d’après-midi studieuse, je débarque au cours d’un exposé collectif, avec exemples sur disques et interprétations en chair en os par les étudiants du guitariste Stéphane Audard au Conservatoire à […]

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Au Pavillon de la Sirène, l’académie, ses stagiaires et ses intervenants s’effaçaient hier au profit d’ateliers et concerts à l’initiative du collectif Real Time Music.

Milieu d’après-midi studieuse, je débarque au cours d’un exposé collectif, avec exemples sur disques et interprétations en chair en os par les étudiants du guitariste Stéphane Audard au Conservatoire à rayonnement régional de Paris, autour de la musique d’Avishai Cohen, le contrebassiste. Puis exposé d’une heure et demie sur Ornette Coleman par Eric Schultz, guitariste et enseignant à l’Edim : présentation de la “galaxie Ornette”, de Charlie Haden à Pat Metheny en passant par Paul Bley, Jan Garbarek… une indéniable nébuleuse, autour d’un musicien à la réputation de marginal que – à côté des trois grands piliers de l’histoire du jazz improvisé (Armstrong, Parker, Coltrane) et deux champions principaux repères de l’histoire orchestale) – Schultz présente avec Monk comme l’un des deux exemples en matière de distinction : “être soi-même”. Suivra un survol phonographique des grandes périodes : Contemporary, Atlantic, le trio, le 2ème 4tet considéré comme un sommet notamment à travers l’album “Science Fictoin”, le Prime Time et les dernière années avec l’irruption du piano. Enfin, un retour sur quelques compositions à l’appui de quelques écoutes et partitions.

20h on descend à la salle de concert qui est comble. Paul Wacrenier présente un groupe de sept jeunes étudiants (piano, violon et vents) auquel il a consacré deux heures en début d’après-midi pour mettre en place une parcours improvisé s’ouvrant sur un bruitisme informel qui se structure, progressivement, comme s’ouvre une chrysalide, en échappées accompagnées et réparties parmi les différents instruments pour aboutissement qui tient lieu d’épiphanie.

Paul Wacrenier enchaine avec son piano et son Healing Orchestra : Lucille Moussali (violon et trompette), Xavier Bornens (trompette), Fanny Menegoz (flûtes), Arnaud Sacase (sax alto), Jean-François Petitjean (sax ténor), Mauro Basilio (violoncelle), Victor Aubert (contrebasse) et Benoist Raffin (batterie).

Une première pièce donne le ton avec une improvisation collective balisée évoquant le John Coltrane d’“Ascension”, d’ailleurs moins pour le ténor de Petitjean qui semble leader l’ensemble sur cette première pièce, que par le son d’ensemble. Une évocation de cette référence qui reviendra à plusieurs reprise, avec un piano navigant entre les ressassement obsédants d’un McCoy Tyner et les remous d’une Alice Coltrane, le drumming de Benoist Raffin dans une alternative entre la rationalité ternaire d’un Elvin Jones et les désordres d’un Rashied Ali. Autour de ce dispositif, on verra des pièces plus lisibles entre lyrisme pur et abstraction, avec grandes masses en homophonies et, pour ne pas citer chacun et son petit qualificatif tiré par les cheveux, je mentionnerai Arnaud Sacase pour un solo d’alto évoquant le Shepp le plus expressionniste des années 1960.

Avec Eric Schultz et son Let My People Hear Music Big Band, plaisir de l’écoute frontale sans sono, relief orchestral maximal, dans la belle acoustique de la salle de concert du Pavillon de la Sirène, avec un big band à l’ancienne, 3 trombones, 4 trompettes, cinq saxes et une rythmique complète, soit Julien Matrot, Guillaume Rouillard, Raphaël Basard, Marcel Latour (trompette), Julien Rachedi, Marc Leducq, Nathan Labbé-Weissert (trombone), Oscar Dervermelle, Jean-Michel Couchet (sax alto), Laurent Corté, Étienne Weissert (sax ténor), Yann Bakowski (sax baryton), Xavier Lebreton (guitare électrique), Vincent Jacqz (guitare), Théophile Rageau (contrebasse), Julien Catherine (batterie).

Plaisir de voir un chef diriger avec l’enthousiasme et l’efficacité d’Éric Schultz et les sections répondre à toutes les nuances en toute précision et efficacité. Repris, réarrangé ou purement original, le répertoire emprunte à Charles Tolliver, Duke Ellington (A Tourist Poing Of View), Charles Mingus (notamment Duke Ellington’s Sound of Love arrangé par Jack Walrath) plus un original et des arrangements de Schultz sur The Sphinx d’Ornette Coleman, Armageddon de Wayne Shorter et final jubilatoire sur Ahmad The Terrible de Jack DeJohnette. Franck Bergerot

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Où la classe de maître de Didier Levallet m’inspire souvenirs et hommage https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/ou-la-classe-de-maitre-de-didier-levallet-minspire-souvenirs-et-hommage/ Sat, 22 Feb 2025 14:52:22 +0000 https://www.jazzmagazine.com/?post_type=jazzlive&p=86189 Hier, 21 février au Pavillon de la Sirène (Paris 14e arrondissement), débutait l’annuelle Académie de composition créée par l’ONJ et Real Time Music en 2022, avec – pour partie ouverte au public – la master classe de Didier Levallet. Jusqu’au 1er mars, trois compositeurs et cinq compositrices européennes travailleront sous le regard et avec les […]

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Hier, 21 février au Pavillon de la Sirène (Paris 14e arrondissement), débutait l’annuelle Académie de composition créée par l’ONJ et Real Time Music en 2022, avec – pour partie ouverte au public – la master classe de Didier Levallet.

Jusqu’au 1er mars, trois compositeurs et cinq compositrices européennes travailleront sous le regard et avec les conseils de la saxophoniste norvégienne Sigrid Affret, du trompettiste américain Ralf Alessi, de la compositrice Pascale Criton, du contrebassiste Didier Levallet, de la flûtiste Sylvaine Hélary, nouvelle cheffe de l’ONJ, et de son prédécesseur Frédéric Maurin. Un concert public de restitution sera donné le 1er mars, les œuvres des stagiaires étant confiées à l’Orchestre des jeunes de l’ONJ #6. Mais auparavant le public est invité à assister aux master class animées de 14 à 17h le 24 février par Sigrid Affret, le 25 par Pascale Criton, le 26 par Ralph Alessi. Avec aujourd’hui même, 22 février, des ateliers publics de 10h à 12h, puis de 13h à 18h, une conférence d’Éric Schultz sur Ornette Coleman de 18h à 19h30. La journée se terminera à 20h par un double concert, restitution d’atelier en première partie, puis le Healing Orchestra de Paul Wacrenier.

Hier après-midi, c’est le doyen né en 1944, Didier Levallet qui faisait master class, commençant par confesser un relatif embarras que lui inspirait ce terme de master class pour désigner une communication d’un parfait autodidacte en écriture musicale destinée à de jeunes gens déjà surinformés. Le récit de ses débuts tâtonnant d’un instrument à l’autre avant de se faire coller un contrebasse dans les mains, avec laquelle il a commencé auprès de chanteurs (et pas des moindres), puis a accompagné à l’improviste les artistes à l’affiche du légendaire  Gill’s Club de Gérard Terronès, aussi divers que Mal Waldron, Frank Lowe, Hal Singer ou Slide Hampton. Jusqu’au jour où, à quelques amis qu’il côtoyait au sein du big band de Claude Cagnasso, il proposa de monter une formation “free” qui devint le quartette Perception avec Yochk’o Seffer, Siegfried Kessler et Jean-My Truong. « Free » insiste-t-il ! Comme si le mot était susceptible de froisser les jeunes oreilles de son public. Préciser que l’idée qu’il se faisait de l’improvisation libre lui avait été inspiré par le concept du compositeur et musicologue Gunther Schuller qui, à l’écoute de Sonny Rollins (réécouter Blue Seven), y avait décelé une façon d’improviser moins sur une grille harmonique que sur le principe de motifs s’engendrant les uns les autres… Soir une improvisation “motivique” ou “thématique” qui fut peu ou prou celle de “l’inventeur du free jazz” Ornette Coleman.

Quoique né neuf ans après Didier Levallet, j’ai connu Perception pour avoir acheté le troisième disque “Mestari” (1973) et pour l’avoir entendu plusieurs fois en concert, à une époque où mon intérêt se portait beaucoup, avec un brin de sectarisme, sur cette scène française qui fleurit dans les années 1970 dans le prolongement du free jazz américain. Et en dépit du recul que j’en ai pris, j’ai été très surpris de redécouvrir ce groupe à ses débuts tel que Levallet nous le fit entendre hier. Le concept d’improvisation motivique à partir d’une bribe de départ m’a semblé là très opérationnelle. « Surtout grâce à l’oreille de Siegfried Kessler » précisait hier Didier Levallet avec un sourire indulgent à son propre égard.

L’étape suivante fut Confluence. Si je ne réécoute plus les disques de cette formation (et Levallet ne se donna pas la peine de les faire entendre hier à son auditoire), j’ai suivi ce groupe avec une relative assiduité dans mes premières chroniques pour la presse mensuelle (Antirouille de 1975 à 1978, puis Jazz Hot en 1979 et 1980). Le mot de Confluence était une autre façon de parler de fusion et Levallet, nous rappela ce que lui avait inspiré les premiers pas du groupe de Chick Corea Return To Forever, tel qu’il se fit connaître, d’abord sur ECM, avant qu’il ne devienne une formation strictement électrique. L’idée de fusion sans la pyrotechnie du jazz-rock. J’en retiens aujourd’hui, de mémoire, un genre de bonne intention, et surtout les solos de Christian Escoudé qui, à l’époque, me semblait promettre un nouvel avenir à la “guitare française”. Plus la présence de Jean-Charles Capon au violoncelle (associé aux bois de Jean Querlier) et la complicité de Merzak Mouthana et Armand Lemal (batterie et percussions).

C’est avec un plaisir et une fierté manifeste que Didier Levallet a évoqué hier son Swing Strings System (1978), nous en faisant entendre deux morceaux dont la très belle reprise de Sing Me Softly Of The Blues de Carla Bley, avec Didier Lockwood en vedette. J’y ai retrouvés l’élégance et la niaque que j’avais apprécié à l’époque sur scène et sur disque, d’ailleurs beaucoup plus que les Swing String System et Super Swing Strings System de 1988 et 1989, en dépit de la présence de Dominique Pifarély dont j’appréciais tout autrement la contribution au trio de Didier Levallet “Instants Charivés” avec le guitariste Gérard Maris (1981).

Entre temps un événement était survenu, que Didier Levallet soulignait hier dans son exposé : en 1976, l’irruption simultanée en France de deux écoles de jazz, et l’élévation rapide du niveau technique et théorique qui s’ensuivit sur la scène française (à laquelle participaient les musiciens s’étant aventurés à la Berklee School en ramenant de précieuses informations, notamment sous la forme du fameux et clandestin Real Book). L’IACP affiche une histoire singulière et incertaine, si l’on songe qu’il fut créé par Allan Silva (figure historique du free jazz) sous le nom d’Institut for Art and Culture Perception, pour passer dans les années 1990 sous la direction pédagogique de Lionel Belmondo. Le CIM à l’appellation également très vague (Centre d’information musicale, avec vocation d’agence artistique, de centre de documentation et de “conseil pédagogique“) devint en quelques mois, sous la pression de la demande, une école de jazz où l’on apprenait les gestes instrumentaux spécifique au jazz, le répertoire et les savoirs harmoniques d’une tradition qui tendait alors, pour faire simple, à se substituer à l’élan créatif d’une musique passée en l’espace de moins d’un siècle du “plain chant” néo-orléanais (en fait l’impro collective autour de thèmes rudimentaires) à l’harmolodie ornettienne.

Comme disait hier sur facebook le valeureux producteur Stéphane Berland (Ayler Records) : « Et c’est là que tout a commencé à ‘merder’. Les « écoles de jazz », c’est un peu ‘antinomique’, non ? » Ce à quoi je réagissais « pas si simple ». Il n’y a pas eu seul et unique canal de transmission du savoir improviser, arranger, diriger et composer le jazz. Il y a eu mille façons d’apprendre et mille “écoles”, de l’écoute des 78-tours (bonjour le sport !) au relevé et à l’écoute ralentie sur nos logiciels d’écoute un casque sur les oreilles, du cours de musique officieux donné au coin d’un bar au diplôme de troisième année. Et cette multiplicité des apprentissages fit la richesse du jazz si l’on songe que Fletcher Henderson (en qui ses camarades de faculté voyait un futur Rachmaninov) fit se côtoyer Coleman Hawkins, féru d’harmonie passé par le violoncelle et le piano, et le “plouc du Sud” et génialissime Louis Armstrong, qu’Hawkins méprisait presque autant qu’il l’admirait. Et ce paradoxe du hard bop des années 1950 professant un retour aux sources de la musique noire avec dans ses rangs des musiciens bénéficiaires du GI’s Bill pour leur années sous les drapeaux et qui en avaient profité pour reprendre des études musicales. Voir l’édifiant parcours de John Coltrane. Enfin, songeons à la diversité des profils sortis du Département jazz du CNSMDP, de Fred Nardin à Bruno Ruder.

Des raisons diverses m’avaient amené à fréquenter le CIM et, sans parvenir à quoique ce soit avec un saxophone entre les mains, à y prendre une foule d’informations qui me constitue aujourd’hui. Et à ébranler quelques convictions un peu simples concernant la créativité du jazz contemporain. Et je me souviens d’avoir vu le jazz français se scinder en deux tendances (mais il en allait un peu de même aux États-Unis). D’une part une scène associative qui sut susciter et profiter très tôt de la manne des subventions sous le règne de François Mitterand, son ministre de la Culture Jack Lang et son directeur de la musique Jacques Lang. On y vit moult “créations” sans lendemain, plus ou moins bien conçues à l’initiative d’un réseau de festivals et d’associations auto-proclamé créatif et innovant, se distinguer de ce qui se passait dans le monde des clubs autofinancés au nombre de litres de bière vendu, et où se débattait une autre famille musicale. Au risque de la simplification, dans la première, on apprenait à produire des doubles sons, le souffle continu, les gammes exotiques et les rythmes à impairs, à épanouir sa personnalité hors des cadres conventionnels, à créer collectivement. Dans la seconde, à l’école, à travers les informations qui parvenaient de la Berklee School par l’intermédiaire de ceux qui s’y étaient rendus ou simplement “au coin du bar” des rue des Lombards ou Saint-Opportune, on apprenait les standards, l’anatole et les secrets de l’harmonie fonctionnelle, l’anatole, l’ear training et les recueils d’arpèges de Ramon Ricker. Deux mondes qui s’ignoraient. On n’aurait pas vu Daunik Lazro au Petit Opportun (ou alors on ne m’en a rien dit) et les festivals auto-proclamés innovants prêtèrent une attention distante voire inexistante à des musiciens comme Marc Ducret et Andy Emler. Combien d’années Marc Ducret ne s’est-il pas entendu dire : « Bon, ton trio, c’est bien ! Mais tu n’as pas un projet ? » L’obsession du projet qui hante nos sociétés, du collège aux portes du Centre national de la musique.

Les années 1990 verraient les choses évoluer, ou mon point de vue s’élargir. C’est la décennie qui débute avec l’hybride ONJ de Claude Barthélémy et où l’on voit émerger l’Acoustic Quartet de Ducret/Sclavis/Pifarély/Chevillon, où Ducret rencontrera Tim Berne, ce dernier marquant une nouvelle génération également sous l’influence de Steve Coleman. Pour ne rien dire de ce qui se tramait au Smalls de New York. Fin de ce “siècle court” où l’Histoire du jazz – comme toute l’Histoire des Arts à court d’avant-garde depuis le ready made et le monochrome blanc – semble à bout de course, incapable d’un nouveau récit, et où s’y substitue une sorte de géographie esthétique dont des territoires bien établis côtoient des frontières mouvantes et se voient traversés par des populations de musiciens nomades, sans étiquettes.

L’exposé de Didier Levallet reflète cette transversalité préfigurée par Confluence et son Swing Strings System. Ayant traversé les années 1970 et entrant dans les années 1980 avec une stature militante et de porte-parole sur laquelle il s’est fait discret hier, son récit raconte comment il sympathisa avec l’avant-garde anglaise à travers sa collaboration “sud-africaniste” avec Chris McGregor, les invités britanniques de “Scoop” et sa fidélité à Chris Biscoe, parrainant avec Günter Sommer les débuts de Sylvain Kassap, jouant la carte intergénérationnelle avec “Generations” (de Jean-Louis Chautemps à Vincent Courtois) et enfin prenant la direction d’un ONJ où il nous fit entendre Harry Beckett, Yves Robert, Daunik Lazro et Ramon Lopez aux côtés de Nicolas Folmer, Phil Abraham, Éric Barret et François Laizeau.

Le dernier exemple sonore de l’exposé de Didier Levallet fut son quintette de 2013 avec notamment Airelle Besson qui fit ses débuts dans le stage annuel mis en place à Cluny dès 1977. Et ce qu’il nous en fit entendre fut une longue introduction de flûte improvisée par Sylvaine Hélary et ce très personnel vocabulaire d’improvisatrice que déployait déjà à l’époque la nouvelle cheffe de l’ONJ. Fort émouvante conclusion.

C’est cette transversalité qu’il nous est invité à revisiter à travers le répertoire de cet ONJ fin de siècle que dirigea Didier Levallet, recréé un quart de siècle plus tard par la sixième mouture de l’Orchestre des jeunes, dispositif imaginé par Frédéric Maurin pendant son mandat à la tête de l’ONJ, orchestre renouvelé à chaque édition par de nouvelles générations, toujours plus féminisé vague après vague. Chaque édition se voyant confier le répertoire d’un ancien chef de l’ONJ, l’an passé le répertoire Claude Barthélémy y avait connu une sorte de rédemption. Cette année, c’est Didier Levallet qui est à l’honneur et dont on pourra réentendre le répertoire sous la direction de sa pianiste de l’époque, Sophia Domancich. À découvrir le 28 en ce même Pavillon de la Sirène, le 9 mars au Conservatoire de Dreux dans le cadre de jazz de Mars, le 20 avril au Conservatoire d’Orléans et le 18 mai au Petit Faucheux de Tours.

Mais pour l’heure, je file à la Sirène pour le programme signalé en tête de ce billet et comme j’ai une bonne heure pour y parvenir alors que les festivités ont commencé depuis ce matin, il n’est pas sûr que ne laisse pas derrière moi dans ce texte quelques coquilles, j’espère pas trop énormes.

Franck Bergerot

PS : Plus de détails. J’apprends que l’intervention de Didier Levallet a été diffusée sur la page facebook de l’ONJ. Vous serez probablement plus doués que moi pour la retrouver.

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Mark Priore trio au Bal Blomet https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/mark-priore-trio-au-bal-blomet/ Fri, 21 Feb 2025 10:48:33 +0000 https://www.jazzmagazine.com/?post_type=jazzlive&p=86112 Hier 20 février, c’était soirée Jazz Magazine au Bal Blomet avec le trio de Mark Priore (blindfold test du numéro de mars en kiosque la semaine prochaine) avec Juan Villaroel (contrebasse) et Elie Martin-Charrière (batterie). Retraite, covid et confinement, énergie vieillissante, négligences après des années de vis-à-vis des disques qui me parviennent encore au titre […]

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Hier 20 février, c’était soirée Jazz Magazine au Bal Blomet avec le trio de Mark Priore (blindfold test du numéro de mars en kiosque la semaine prochaine) avec Juan Villaroel (contrebasse) et Elie Martin-Charrière (batterie).

Retraite, covid et confinement, énergie vieillissante, négligences après des années de vis-à-vis des disques qui me parviennent encore au titre du service de presse dont je découvre le plus souvent les programmes en concert. C’est ainsi que Mark Priore était quasiment passé à l’écart de mes radars. Magnifique pianiste, toucher, langage improvisé, répertoire… qui commence avec un choral – pourquoi pensai-je à Schubert –, doigts joints à l’unisson de la contrebasse à l’archet, affichant une tendance au minimalisme, tandis qu’Elie Martin-Charrière déploie une polyphonie presque bruitiste. Le second morceau est un hommage déclaré à Ahmad Jamal, référence qui reviendra au cours du concert, avec dans l’immédiat un évident clin d’œil à la célèbre version de Poinciana, le batteur réinventant à sa façon la célèbre partie de Vernell Fournier. Certains morceaux se veulent narratifs, telle leur réinvention du mythe d’Orphée et Euridyce où l’initiative se porte d’abord sur la batterie follement polyrythmique, puis sur la main droite du pianiste, puis sur la contrebasse, chaque soliste se trouvant tour à tour soutenu par l’homophonie des deux autres. Après quelques échos beethoveniens et une sorte d’hymne qui m’évoquera, peut-être à tort trahi par ma mémoire, le duo Prayer de Keith Jarrett et Charlie Haden sur “The Death And The Flower », il y aura un hommage à Arvo Pärt qui se détournera habilement d’une référence initiale et explicite à Fratres. Juan Villaroel combine puissance, assiste et légèreté avec une sonorité tout à la fois profonde et courte qui m’évoque les contrebassistes de tumbao (mais est-ce que prénom et patronyme n’influe pas ici sur mon imagination) avec, en outre, un bel équilibre entre faconde mélodique et abstraction. Elie Martin-Charrière, alors que s’est présenté plus haut cette référence à Jarrett, serait plus du côté de Paul Motian que de DeJohnettte, avec cette influence, même si indirecte, que pourraient avoir eu, sur les batteurs de sa génération, des batteurs comme Justin Brown, Chess Smith, Mark Guiliana ou Dan Weiss. Franck Bergerot

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Pau Jazz: Les Égarés sous les flashs https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/pau-jazz-les-egares-sous-les-flashs/ Sun, 16 Feb 2025 18:45:11 +0000 https://www.jazzmagazine.com/?post_type=jazzlive&p=85917 Les Égarés : Ballaké Sissoko (kora), Vincent Segal (cello), Vincent Peirani (acc), Emile Parisien ( ss) Jazz à Pau, Le Foirai, Pau (64000) Ils sont assis resserrés en demi cercle au centre de la grande scène  de la salle du Foirail emplie à ras-bord comme d’hab. Pourtant improvisation ou pas, les sons émis, souffles, vibrations […]

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Les Égarés : Ballaké Sissoko (kora), Vincent Segal (cello), Vincent Peirani (acc), Emile Parisien ( ss)

Jazz à Pau, Le Foirai, Pau (64000)

Ils sont assis resserrés en demi cercle au centre de la grande scène  de la salle du Foirail emplie à ras-bord comme d’hab. Pourtant improvisation ou pas, les sons émis, souffles, vibrations résonnent au carré, pans lisses de tout élément virussé, toujours lisibles. Musique à écouter sans effort, à vivre du dedans…Les Egarés, ce pourrait paraître antinomique, un oxymore, célèbrent une certaine tranquillité tout au long de leur parcours scénique. Ils viennent d’horizons divers, musique dite du monde, classique, jazz. Ils ont bien appris leurs partition. Pourtant l’improvisation partagée en mode d’action live prolongée représente de visu leur fil d’Ariane. Ainsi en va-t-il d’effets de cordes de la kora, horizons dessinés, rythmes, rites très africains qu’aussitôt, le sax après l’avoir emprunté,  adoubé, alors modèle le tout  à la façon jazz d’une patte Parisien orienté vers un virage trans-courant. Une longue pièce à suivre en mouvements continus, contigus. Émile Parisien possède on le sait l’art de secréter des mélodies. Le sax soprano dans son expression directe, doté d’une sonorité très personnelle fait en sorte, justement, qu’elles ne resteront pas secrètes. Qu’elles seront partagées à parts égales. L’accordéon lui, fort de sa surface sonore, de l’élasticité dans l’expression que lui donne Peirani, reste le moteur harmonique autant que rythmique du carré d’As. Il assure le lien.

Vincent Peirani accordéoniste va-nu-pieds

Vincent Segal prend la parole. D’un coup d’un seul le voilà qui fustige « deux portables qui filment sans cesse au deuxiéme rang ». Deux jeunes femmes incriminées qui d’ailleurs argumentent, ne se laissent pas marcher sur les pieds. À commencer par ceux ceux nus comme à son habitude de Vincent Peirani, lequel observe l’échange virulent de toute sa hauteur. Incident de parcours, remous dans la salle qui visiblement choisit en majorité de prendre parti en faveur de la requête du violoncelliste outragé par le comportement obstiné des flasheurs et flasheuses à tout va : « J’ai connu un grand photographe de jazz, qui a shooté les plus grands, Keith Jarreth, Miles Davis, Sonny Rollins et consort. Christian Rose ( Référence Jazz Mag ndla) en plein boulot pourtant, depuis la scène, nous musiciens on ne le voyait pas lui » Bon, toutes les intelligences ne sont donc pas artificielles. Ceci posé, dans ces conditions prendre des notes pour rendre compte du concert sans allumer son écran, situation pas commode; ça devient un pari…Trois minutes plus tard, en continuum du concert, Emile Parisien se lève, va au bord de la scène et, plan de cinéma muet, articule des paroles inaudibles mais courroucées, pointant encore du doigt les deux récalcitrantes qui poursuivent le mitraillage numérique…rideau cette fois. Noir revenu. Fin de l’épisode.

Vincent Segal, Emile Parisien

Au delà de ses paroles réactives Vincent Segal maitrise aussi son instrument Sur un thème de Peirani, le travail de son violoncelle se concentre sur le son de l’instrument. En pizzicato sur les cordes à la façon d’une basse ou en précision minutieuse sous l’archet, il en exploite les ressources. Le jeu ouvert offre, pose une série de couleurs mouvantes. En complément, fortes de 22 cordes déployées, la Kora trace les contours de son propre univers. Toujours en lignes très fines. A propos d’univers celui de Joe Zawinul pourrait paraître bien éloigné, sinon décalé de celui du groupe. Pourtant son « Orient Express » revit  en hommage avoué. Et le clavieriste d’origine autrichienne qui longtemps cotoya au sein de Weather Report une légende du soprano en la personne de Wayne Shorter ne pouvait deviner que la même nature de sax lui rendrait la pareille bien plus tard au travers des sinusoîdes d’un son si particulier, griffe propre à Emile Parisien, moelleux et acide à la fois. De quoi faire muter -non sans force contorsions corporelles, son autre signature scénique-  une ligne brisée en un chant entonné libre avant de passer à une rythmique de danse.

Ballaké Sissoko

Ils entrent ainsi dans le jeu parfois en ordre dispersé. Ils laissent volontiers tour à tour le soliste  tirer la couverture à lui. À bon escient. Mais Les Égarés de cette espèce rare toujours finissent par se retrouver. Exemple avec ce « Esperanza » de l’accordéoniste Marc Perrone joué en un ensemble parfaitement conjugué. Mélodie joliment métamorphosée en quasi hymne que n’aurait pas renié le chanteur troubadour André Minvielle, un de ses airs favoris, ici en sa terre de Béarn.

Robert Latxague

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Dominique Pifarély et François Couturier chez Hélène Aziza https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/dominique-pifarely-et-francois-couturier-chez-helene-aziza/ Wed, 12 Feb 2025 11:22:47 +0000 https://www.jazzmagazine.com/?post_type=jazzlive&p=85646 Grosse affluence hier chez Hélène Aziza, au 19 rue Paul Fort, pour saluer “Preludes & Songs” (ECM), le deuxième disque du duo que constituèrent à la fin du siècle dernier Dominique Pifarély et François Couturier, selon un patient virage négocié à l’époque vers les terres originelles de leurs instruments respectifs, la musique de chambre. C’est […]

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Grosse affluence hier chez Hélène Aziza, au 19 rue Paul Fort, pour saluer “Preludes & Songs” (ECM), le deuxième disque du duo que constituèrent à la fin du siècle dernier Dominique Pifarély et François Couturier, selon un patient virage négocié à l’époque vers les terres originelles de leurs instruments respectifs, la musique de chambre.

C’est cet espace que suggéraient hier tout à la fois la qualité acoustique de leur ensemble et l’attention recueillie, tendue qui les accueillit et les suivit pas à pas tout au long de leurs cheminements. (Même ma toux persistante en ce maudit hiver grippard s’est tenue coite.) Les références sont classiques échappant largement à mes compétences analytiques mais s’adressant néanmoins à la part de moi-même vaguement sensibilisée aux musiques venues de la Mitteleuropa, de Bach à Bartok, de Berg à Ligeti. Je ne donnerais cependant pas ma main à couper qu’ils n’aient étendu leurs racines vers d’autres territoires de la musique classique et contemporaine. Peu importe, on écoute et l’on s’y reconnaît avec son bagage d’amour et de connaissances. Et ne sachant nommer les choses, on recourt à la métaphore, ou plus exactement à ce que la musique nous inspire.

Et, j’entends des gouttes sur le clavier, des écoulements infimes ; il y aura aussi des chocs, ces coups et de grondements, des miroitements (mais par ces miroitements, je ne voudrais pas laisser supposer quelque lieux communs qui incitèrent André Hodeir à fuir le piano et « le joli accord ravélien qui a failli faire mourir le jazz »). Ici rien de joli, que du sensible d’où naissent une organisation, des formes, des traits mélodiques… Le mot « trait » me vient à l’esprit lorsqu’entre le « tirer » de l’archet, ce long et lent trait sonore tiré dans l’espace, parfois, dans cette musique sans hâte, une seule note tenue sur toute la longueur de la mèche, aller-retour sans rupture comme d’une seul et même geste, ce geste spécifique de la musique à archet, qui peut survenir de rien ou d’une attaque plus ou moins violente et se mourir lentement ou s’interrompre butalement, cette pureté vers l’aigu qui n’est pourtant qu’âpreté, impureté, un frrrrrottement avec tous ces rrrrrr sublimés par la grande tradition des cordes classiques, assimilées et magnifiées par les musiques populaires à archet et leurs doubles voire triples cordes. Et cette mémoire qui vient ici et là sous les doigts et l’archet, mémoire du jazz, du swing, du blues, de ces phrases qu’inventèrent les improvisateurs de ces musiques et que Dominique Pifarély, de Joe Venuti à Zbigniew Seifert, fréquenta, y choisissant ce qu’il y trouvait à en retenir, plus une forme d’élan, d’urgence, d’impatience du phrasé, bruit de fond persistant, comme on dit de l’univers, qui reviendrait soudain nous rappeler son existence.

Est fascinante, enivrante, cette assurance avec laquelle ils avancent ensemble parmi la broussaille musicale qui rend ces frontières indiscernables (préludes) et d’où surgit sans que l’on s’y attende, et cependant en toute logique, « cet air-là… mais quel air-là ? » (songs). On le connaît, on croit le reconnaître, il se faufile, on le sent dans leurs intentions, il surgit, , mais oui c’est… Jacques Brel, des bribes de paroles vous viennent, puis s’enfuient, avant que le titre ne vous soit revenu à l’esprit (c’est La Chanson des vieux amants). Et là, qu’est-ce donc qui nous arrive… les titres et les noms défilent. Ah, ils font les malins !? Non, ils flânent, ils vagabondent mais d’un pas tellement sûr qu’ils nous ensorcellent. C’était Lament de Jay Jay Johnson ou Solitude de Duke Ellington… travesti sous un tempo nouveau, une réharmonisation, traversant une brume d’arpèges ou un arrière-plan. Comme dans un rêve… Franck Bergerot

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Triton: Bojan Z Thierry Elliez pianos face à face https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/triton-bojan-z-thierry-elliez-pianos-face-a-face/ Mon, 10 Feb 2025 18:31:58 +0000 https://www.jazzmagazine.com/?post_type=jazzlive&p=85590 Bojan Z, Thierry Elliez ( p) Pianos Croisés, Le Triton, Les Lillas, 7 février D’entrée de jeu Jean-Pierre Vivante, le boss du Triton à l’occasion de sa présentation du concert du soir donné dans la série dite des “Pianos Croisés” n’y va pas par quatre chemins “ Le Conseil Général de Seine St Denis nous […]

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Bojan Z, Thierry Elliez ( p)

Pianos Croisés, Le Triton, Les Lillas, 7 février

Bojan Z

D’entrée de jeu Jean-Pierre Vivante, le boss du Triton à l’occasion de sa présentation du concert du soir donné dans la série dite des “Pianos Croisés” n’y va pas par quatre chemins “ Le Conseil Général de Seine St Denis nous a coupé une subvention de 20 000 € hier, j’ai les boulons” Décidément, dans la série des trois concerts suivis ces derniers jours en trois lieux très  différents de Paris (la Philarmonie, le Studio de l’Ermitage -cf Jazz Live Andy Emler- avant ce soir là au Triton) le problème du subventionnement, l’aide des institutions publiques à la  culture, le spectacle vivant en  particulier, s’est invité par défaut. Par menace et carence, via de récentes décisions de coupes franches concernant les subventions ou même le pass culture pour les jeunes.

Pour ce qui est de la musique produite sur la scène des Lillas, pour ilustrer la petite histoire du jour, une autre cause entraina illico une autre conséquence. Le retard d’un train parti de Bordeaux où Bojan venait de ñoñería un concert dans le cadre prestigieux d’un château de grand crû du St Emilion, les deux pianistes prévus ce soir n’ont pu se rencontrer donc échanger en amont de ce rendez-vous des Pianos Croisés “On va donc improviser sur l’improvisation” fut le leitmotiv du soir. Et le premier thème choisi et joué sur le champ muta en direct d’un “Take the A Train” initial à ce “ Take the Z train” figuré, partagé en face à face…Occasion de doper la structure ellingtonienne  originelle par une utilisation exacerbée des séquences rythmiques tout en cajolant bien entendu le charme de la mélodie. Faut-il y voir un lien avec la journée de la veille vécue par Bojan Z ? Toujours est-il que le « Day of wine and Roses » de Wes Montgomery donna lieu à une balade de notes en coolitude absolue. Une parenthèse, puisque dès le thème suivant les deux pianos assumaient une montée en intensité en parallèle. 

Thierry Elliez

Le pyrénéen béarnais et le slave de Belgrade bénéficient de racines qui, innervées dans le direct, l’envie couplée à l’émotion, l’urgence également, produisent un piano jazz de tempérament. Le premier, Thierry Elliez, on le connaît se plait à afficher une volubilité maximum quitte à rechercher question sonorité la limite, le point border líne de notes aiguës criantes jetées en bout de clavier. Bojan Z lui s’expose tout autant, toujours en contrôle en apparence, de quoi secréter par exemple d’impressionnantes séries d’accords à deux mains au beau milieu de l’alignement des touches de son piano. L’improvisation, ses paris, ses surprises, dicte sa conduite chez l’un comme chez l’autre. Défilé de standards ou citations, ils gardent le mystère des sources de leur inspiration du moment. On sent parfois s’imposer le petit jeu du défi « à toi à moi, voyons ce que tu va faire… » Pourtant en face face ils se regardent dans les yeux tandis que leurs quatre mains vagabondent sur les touches noires ou. blanches. En écoute mutuelle. En complicité, en clins d’œil, en petits gimmicks de jeu pianistique histoire de rire de concert de leur savoir faire réciproque. Ainsi de ces plongées alternées dans le ventre du piano pour caresser ou faire sonner, tripatouiller les cordes métal de l’instrument dans leur état brut.

Elliez Bojan claviers en ombrees portées

Une étape de silence entre deux morceaux. Thierry Elliez annonce une série d’incursions dans le monde magique des compositions de Wayne Shorter. Le temps, en conclusion de visiter des miniatures dessinées en pleine lumière, celle qui a toujours habité le saxophoniste créateur de mélodies inoubliables telle son « Footprints » Travail fait avec art par l’un comme par l’autre des pianistes, en notes senties une à une, au bénéfice d’une inspiration et d’un feeling profond clairement partagé. Au point que sur une belle mélodie Thierry Elliez facétieux, lui qui aime tant à chanter, se mit à siffler la ligne mélodiques des notes égrenées en sinusoïdes. Bojan Z, étonné, épaté ne pouvait qu’en sourire. Et le public avec.

Robert Latxague

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Médéric Collignon fait le Sunset… https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/mederic-collignon-fait-le-sunset/ Sat, 08 Feb 2025 17:48:05 +0000 https://www.jazzmagazine.com/?post_type=jazzlive&p=85517 …pour un troisième concert de sortie de son nouvel album “Arsis Thesis” après le double vernissage du 5 décembre au Triton qui produit le disque et du 30 janvier au Théâtre du Garde Chasse des Lilas. Le 5 décembre, j’étais parti en Bretagne. Le 30 janvier, rebelote : les trains pour Paris ayant été supprimés pour […]

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…pour un troisième concert de sortie de son nouvel album “Arsis Thesis” après le double vernissage du 5 décembre au Triton qui produit le disque et du 30 janvier au Théâtre du Garde Chasse des Lilas.

Le 5 décembre, j’étais parti en Bretagne. Le 30 janvier, rebelote : les trains pour Paris ayant été supprimés pour cause d’intempéries, j’étais toujours en Bretagne. Aussi ai-je pris pour moi la séance de rattrapage offerte ce 7 février au public de la rue des Lombards, dans la cave du Sunset. Variations de personnel autour du noyau dur du Jus de Bocse (Yvan Robilliard, claviers ; Emmanuel Harang, basse életrique ; Nicolas Fox hier remplacé par Franck Vaillant, batterie) plus les altistes Liam Szymonik et Sol Lena-Schroll remplaçant Pierrick Pedron et Géraldine Laurent auprès de Christophe Monniot (sopranino). Encore ai-je bien failli me faire moi-même remplacer dans le public, frappé par une crève intempestive qui me contraignit au port du masque.

“Arsis Thesis” est un projet fou, 26 jours de mixage, nous souffle Médéric Collignon dans une des interviews qu’il livre sur le net, des couches et des couches de son produit par quelques cuivres, flûtes et voix chantées ou récitantes, plus des samples parmi lesquels on croise les nappes harmoniques du fameux adagietto de Gustav Mahler, un solo de John Coltrane à l’envers, le son de l’espace inter-sidéral et une abeille, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, du granitique au voile de tulle, du trivial au sacré, du sourire au fou-rire, du tendre au colérique, toute la complexité du Collignon passée à la moulinette de son imagination supersonique à l’aide des machines dont il sait s’entourer, le tout dans un confondant esprit de continuité.

Le son obtenu au Sunset ne peut évidemment rivaliser ni avec celui du disque, ni avec celui qu’il dut obtenir au théâtre du Garde Chasse, mais on est rue des Lombards, dans cet esprit de proximité de la célèbre cave, face à Médéric Collignon passant et retirant une foultitude de masques virtuels, multipliant sarcasmes, énervements et attendrissements dans un affolant zapping qui relève un peu du cabaret, du théâtre de Guignol (pour les petits) et du grand-guignol. S’il faut probablement y voir des traces de King Crimson, si j’y surprend des stratégies à la Joe Zawinul, ce kaléidoscope stylistique me fait songer plus encore à Frank Zappa et ses Mothers, le sopranino de Christophe Monniot en bord de scène côté cour, sans chercher à tirer la couverture à lui, lui opposant une sorte de rôle de clown blanc.

La rythmique joue à fond le jeu de son leader, arrangements et imprévus, les deux autres saxophonistes glissant ici et là des solos cinglants qui laissent à penser que l’on en reparlera bientôt (d’ailleurs, si j’en crois certains mieux informés que moi, les noms de Liam Szymonik et Sol Lena-Schroll circulent déjà).

La menace d’éternuements intempestifs m’incite à déserter les lieux pour ne pas perturber le rappel et ce soir je “garde la chambre” entre fumigations, rinçage nasal au gros sel et breuvages flambés tandis que commence à 19h la soirée d’hommage au cher Sylvain Luc que les injustices de l’existence nous ont ravi l’an passé. Un plateau à géométrie variable d’une trentaine d’artistes sur la scène du Théâtre du Châtelet, de Stéphane Belmondo à Daniel Humair et de Philip Catherine à Lokua Kanza. La rue des Lombards ne sera pas en reste, avec deux hommages rendus au Sunset par Étienne Mbappé & The Prophets à 20h30, et au Sunside par Médéric Collignon et ses invités à 21h30 ; et deux autres au Baiser salé autour d’Hadrien Féraud à 21h30 et autour de Tiss Rodriguez à 23h59. Franck Bergerot

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Ermitage: Andy Emler au bal des clarinettes https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/ermitage-andy-emler-au-bal-des-clarinettes/ Sat, 08 Feb 2025 09:14:42 +0000 https://www.jazzmagazine.com/?post_type=jazzlive&p=85463 Andy Emler (p), Nicolas Fargeix (cl), Florent Pujuila, Louis Sclavis, Thomas Savy, Catherine Delaunay, Emmanuelle Brunat (cl, bcl), Laurent Dehors (cbcl), Claude Tchamitchian (b), Eric Échampard (dm) Studio de l’Ermitage, Paris, 6 février Bois noirs lustrés et métal rutilant sous les spots: on ne peut qu’être impressionné par un tel alignement  de clarinettes bolides sur […]

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Andy Emler (p), Nicolas Fargeix (cl), Florent Pujuila, Louis Sclavis, Thomas Savy, Catherine Delaunay, Emmanuelle Brunat (cl, bcl), Laurent Dehors (cbcl), Claude Tchamitchian (b), Eric Échampard (dm)

Studio de l’Ermitage, Paris, 6 février

Andy Emler

Bois noirs lustrés et métal rutilant sous les spots: on ne peut qu’être impressionné par un tel alignement  de clarinettes bolides sur la ligne de départ. Á peine le drapeau du concert inaugural baissé dans une enceinte aux gradins surchargés en cette nuit froide parisienne, que quelques coups secs sont donnés illico en rythmes syncopés et repétés juste troublés par une petite conversation particulière improvisée entre les pilotes en forme de clin d’oeil. Et allons-y gaiement c’est le cas de le dire, dans cette course sous couleurs d’un jazz bien d’aujourd’hui: les clarinettes prennent le dessus. Les compositions d’Emler s’avèrent longues autant que d’un abord complexe. La première, prise en virages plutôt à angles droit porte un titre évocateur “Des nuages dans la tête” Cinq clarinettes basses  résonnent de front, gros son, beaucoup d’air pulsé en une vibration entretenue. Louis Sclavis fait monter la tension. Sans beaucoup de temps de transition il passe en phase de saturation du grave à l’hyper aigu. De quoi déchire l’espace. Il termine decrescendo comme unique source sonore sur la scène. La basse de Claude Tchamitchian – fidèle parmi les fidéles das la compagnonnage Emler, il tient sólidamente les fondements de la barraque orchestrale et ne répugne pas à l‘’exercice de l’impro- vient le rejoindre, moment d’un duo plongé dans les courants de l’univers des graves. Cinq clarinettes basses sonnent à nouveau, augmentées de la clarinette contrebasse, plus sombre encore. Elles se rejoignent sur une séquence de notes tenues. Mais en contrôle de la force engagée. Alors le piano fait son entrée, prend sa place au centre du flux musical, arpèges déroulés, accords progressifs frappés,  plus une  échappée de grappes de main droite vers des pics d’aigues.

Claude Tchamitchian (b), Louis Sclavis (cl)

Andy Emler, concentré mais un sourire quasi permanent accroché à ses lèvres  présente dans ce  voyage en profondeur de sons la figure d’un Capitaine Nemo. Il affirme sans ambage “ Vous sa vez, ils s’agit bien d’un projet de barjot. Bravo à l’Errmitage pour nous avoir programmé. Et re- bravo de continuer à entretenir ainsi le feu sacré du spectacle vivant”

Le pianiste et compositeur surtout, tient à inscrire le travail inhérent à ce projet inédit “un peu fou” dans le présent de son parcours. Et sur le fil rouge de son écriture prolixe dans les mondes du jazz et plus si affinité. Le titre éponyme de l’album “Le temps est partí pour rester” en porte témoignage. Se dégagent alors dans un corpus sonore éclaté des sortes de cris poussés à l’unisson  sous les tirs tendus du bataillon de clarinettes au beau milieu du champ rythmique hyper tendu, dur au mal, façonné façon Magma. Andy Emler ne s’échappe pas pour autant lancé dans des effets de piano en mouvements circulaires, autant de phrases exacerbées lancées sur le clavier en échanges immédiats de celles flashées des clarinettes. Des jets comme un magma (décidémént…) volcanique. À cette secousse tellurique Il fallait une fin, un échappatoire. Au bout  de la tourmente le souffle doux de la clarinette d’Emmanuelle Brunat conduit le piano lui aussi à s’appaiser enfin. 

Clarinettes au pluriel: Catherine Delaunay, Thomas Savy, Laurent Dehors

La mise en place serrée des clarinettes en front line sur le devant de la scène de l’Ermitage     tutoyant presque le premier rang des spectaeurs; le jeu de chacun et chacune en proximité avec  ses instruments (celui  de Laurent Dehors en particulier, clarinette contrebasse, très imposant); la succession de solos intenses; la projection d’un haut volume sonore en direct. Toutes les composantes du concert donné en une formation orchestrale originale contribuent à là notion  de spectacle. Le titre annoncé en un jeu de mot involontaire par le chef en personne pose le climat ressenti par tous, musiciens comme public “Chaud et…show”. Nicolas Fargeix, par ailleurs prolixe en notes fínement soignées y colle en solo une série de phrases en brut, tranchantes. Puis Florent Pujuila à son tour offre un chorus de clarinette supplémentaire, linéaire celui là, davantage aérien malgré les secousses et trous d’air ambiants. Catherine Delaunay elle, se lâche soudain dans un tourbillon, souffle d’un vent violent poussé  sans crainte jusqu’ à l’atonalité. Ce pourrait représenter une autre imprimatur pour l’orchestre: les solos sont longs, s’affichent libres de droit à pouvoir se prolonger. Visiblement Andy Emler tient a ce qu’ils laissent dans sa musique une trace palpable pour chaque membre musicien(ne) choisi à cet effet . Avec valeur de signature.  La séquence finale décollera en un joyeux désordre organisé de notes qui portent. 

Nicolas Fargeix

Sept clarinettes en ordre de marche,  mises en jeu pour un défi simultané, ça marque un terrain ! De jazz et musiques voisines,  facteur X de  séduction potentielle.

Andy Emler, Le temps est partí pour rester, CD Peewee / Socadisc

Robert Latxague

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Zool, le retour https://www.jazzmagazine.com/les-news/jazz-live/zool-le-retour/ Fri, 07 Feb 2025 13:06:41 +0000 https://www.jazzmagazine.com/?post_type=jazzlive&p=85416 Zool… Fleischer, inutile de préciser. Ça fait vingt ans qu’il se faisait attendre. Il jouait à guichets fermés hier au Sunside, entouré de Marc Bertaux et Franck Agulhon, devant les micros de TSF Jazz. C’est une vieille histoire, en pointillés, et je n’ai plus en tête que quelques-uns de ces pointillés : au printemps 1980 dans […]

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Zool… Fleischer, inutile de préciser. Ça fait vingt ans qu’il se faisait attendre. Il jouait à guichets fermés hier au Sunside, entouré de Marc Bertaux et Franck Agulhon, devant les micros de TSF Jazz.

C’est une vieille histoire, en pointillés, et je n’ai plus en tête que quelques-uns de ces pointillés : au printemps 1980 dans une MJC de Carrières-sur-Seine en trio avec Christian Gentet et Richard Portier, puis, ce même printemps, avec les mêmes à Paris au Cardinal Paf rejoints par Jean-Pierre Debarbat… Déjà, il y avait là un compositeur qui intriguait. Arrive son quintette au milieu des années 1980 : d’abord avec Charles Schneider qui finit par céder sa place à Alain Debiossat au saxophone, Lionel Benhamou à la guitare, Marc Bertaux (qui passait de la basse électrique à la contrebasse) et Tony Rabeson. Le Sunside n’existe pas encore, le rez-de-chaussée faisant encore office de restaurant. Au sous-sol, le bar du Sunset s’étire le long du mur gauche de la cave, au-delà du bar actuel, jusqu’à un énorme pilier de pierre, majestueux mais fort encombrant (et depuis remplacé), contre lequel je vois encore Jack DeJohnette collé pour écouter au plus près cet étourdissant répertoire, et demandant à prendre les baguettes de Rabeson le temps d’un morceau. Je revois aussi Claude Carrière et Jean Delmas installé vers l’entrée pour la diffusion de leur Jazz Club, dithyrambiques sur ce qu’ils entendaient. Mais mon imagination m’égare peut-être, car cet enregistrement officieux que j’écoute en rédigeant cette chronique, daté du 7 mars 1986 au Stand By (loin du Sunset, dans le 5e), n’est-ce pas la captation de Carrière et Delmas? Ou peut-être y en a-t-il eu plusieurs ? 1986 : c’est l’année où le quintette enregistre son unique album, “Picnic Tragic”. Pas mal comme titre d’album : et les titres des autres morceaux : La Vaisselle peut attendre, Matoutou, Passage au chinois, Miaou… Je me souviens des titres de 1986, même ceux qui ne figurent pas sur ce disque (Retour de manivelle…) mais pas de ceux d’hier, sauf à me reporter au CD du nouveau trio “The Fab Three” qu’il célébrait hier au Sunside après vingt ans d’absence. Je ne me souviens pas d’avoir jamais constaté une telle affluence que la foule qui se pressait hier à l’entrée du Sunside, où tout le monde avait l’air de se connaître et où, ma mémoire en déroute ne reconnaissais plus personne.

Bon, mais qu’est-ce qu’il a donc de si particulier ce compositeur, à part ses titres. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, là où s’inscrit sa pratique de pianiste même si, parmi les pointillés qui m’ont échappé, j’aperçois sur sa fiche wikipedia quelques collaborations comme sideman. Et après tout, c’est bien de son piano et de son partenariat avec Bertaux et aujourd’hui Agulhon qu’il fait naître la motricité irrésistible de ces morceaux que je qualifierais d’“en forme de poires”, facilité trompeuse car je ne vois pas ce que Satie vient faire ici, sinon pour un certaine solidarité au-delà des seuls titres, dans l’esprit de facétie et ici-là de douce amertume. Un blues, puisque c’est par là qu’il commence son concert, n’a rien d’un blues tout en gardant la couleur et, m’a-t-il semblé, la forme. M’a-t-il semblé, car on oublie vite la question de la forme pour celle de flux qui vous entraine, cette motricité (hélas, mon placement dans le coin gauche extrême du piano me privait de la partie de contrebasse, couverte par un excès d’un grosse caisse néanmoins pertinente), cette motricité donc en tension permanente avec des lignes mélodiques qui tantôt retiennent le tempo, tantôt s’en évadent parfois jusqu’à l’apesanteur, tout cela générant allégresse de l’âme et du corps ainsi aspiré dans ces courants contraires et pourtant moteurs. Alors, puisque ce que ne sait pas dire le critique, il va souvent le chercher du côté des influences, alors nous vient en aide ce titre : Horace, entre autres hommages (Scarlatti, Ivan lins, Billy Strayhorn et Burt Bacharach), qui me renvoie aux premiers trios d’Horace Silver. Ecaroh, Safari, Yeah ! Mais “À la Zool”. Franck Bergerot

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